Madani Advisory
Tanker traversant un détroit maritime, contexte énergie et géopolitique 2026.
PilierÉnergie
Mohamed A. Madani · 14 juillet 2026 · 3 min de lectureMis à jour 25 juillet 2026

Iran, Qatar LNG et Houthis : le risque énergie des entreprises en 2026

On ne contrôle pas le détroit d'Ormuz. On contrôle la structure de son contrat.
En bref
  • Un conflit régional ne se transforme pas automatiquement en hausse identique sur chaque facture. L'effet dépend du produit, de la structure fixe ou indexée et de la durée de couverture.
  • Les factures évoluent par plusieurs canaux distincts : fourniture, acheminement, taxes et profil de consommation.
  • La CRE a annoncé une hausse de 7,4% TTC du prix repère gaz pour les clients résidentiels en juillet 2026 — ce repère n'est pas un tarif professionnel universel.
  • Ce n'est pas du trading. C'est de la gouvernance achat : sécuriser au bon moment, sur la bonne durée, après une vraie mise en concurrence.

Le 19 mars 2026, QatarEnergy a déclaré que les attaques iraniennes avaient mis hors service 17 % de la capacité d'exportation de LNG du Qatar. Deux trains sur quatorze étaient touchés, soit 12,8 millions de tonnes par an indisponibles pour trois à cinq ans et environ 20 Md$ de revenus annuels perdus. Des contrats destinés notamment à l'Italie, la Belgique, la Corée du Sud et la Chine ont été placés en force majeure. Source : Reuters, 19 mars 2026

Une semaine plus tard, plusieurs cabinets avaient retranché jusqu'à 35 millions de tonnes de leurs perspectives mondiales de LNG 2026 — l'équivalent d'environ 500 cargaisons. Les prix spot asiatiques avaient augmenté de 143 % depuis le début de la guerre le 28 février. Source : Reuters, 26 mars 2026

Voilà les faits puissants qu'il faut regarder. Mais aucun ne signifie que « la facture de chaque entreprise française augmente de 143 % ».

Ormuz : 20 % du LNG mondial avant même les dommages

En 2024, environ 20 % du commerce mondial de LNG transitait par le détroit d'Ormuz, principalement depuis le Qatar. Celui-ci y faisait passer environ 9,3 milliards de pieds cubes par jour, et 83 % du LNG traversant le détroit était destiné aux marchés asiatiques. Source : U.S. Energy Information Administration

L'exposition est donc double :

  • physique, lorsque des installations ou routes deviennent indisponibles ;
  • financière, lorsque le risque fait monter le prix spot, le fret et l'assurance.

En juillet, le conflit s'est aussi étendu à la mer Rouge. Après des attaques houthies contre des pétroliers saoudiens, le Brent a clôturé au-dessus de 100 $ le baril le 23 juillet. Source : Reuters, 23 juillet 2026

Ce qui atteint — ou non — le contrat français

Le passage du choc de marché à la facture dépend du produit acheté :

Structure du contratTransmission probable du choc
Prix fixe déjà couvertEffet limité jusqu'à la prochaine échéance, sous réserve des clauses
Prix indexé spotTransmission plus rapide selon l'indice et la formule
Mix fixe / indexéEffet proportionnel à la partie ouverte
Renouvellement procheRisque de cristalliser un marché tendu
Flexibilité faibleSurcoûts possibles si le volume réel s'écarte du contrat

Il faut aussi séparer fourniture, acheminement et fiscalité. Pour juillet 2026, la CRE a relevé de 7,4 % TTC son prix repère de vente du gaz destiné aux clients résidentiels, soit environ 27 € TTC sur la facture moyenne de juillet. Ce repère n'est pas un tarif professionnel universel ; il illustre le fait que les composantes françaises évoluent selon leur propre calendrier. Source : CRE

Le calcul que chaque dirigeant doit demander

Pour chaque scénario, calculez le coût annuel sur le volume réel :

volume annuel × prix de fourniture, puis ajoutez les éléments identiques ou réglementés séparément.

Exemple de sensibilité : sur 3 GWh de gaz, une différence de 12 €/MWh représente :

3 000 MWh × 12 € = 36 000 € par an.

Ce chiffre n'est pas une prévision de prix. C'est le montant exposé lorsqu'une décision contractuelle sépare deux offres comparables de 12 €/MWh.

Ce qu'un acheteur contrôle encore

On ne contrôle ni Ras Laffan ni les Houthis. On contrôle :

  • la date à laquelle la consultation est lancée ;
  • la part fixe et la part indexée ;
  • la durée et les paliers de couverture ;
  • les tolérances de volume ;
  • la formule d'indexation et les clauses de réouverture ;
  • la mise en concurrence sur un cahier des charges identique.

Ce n'est pas du trading. C'est une politique de risque achat. Un contrat fixe peut protéger un budget mais verrouiller un niveau élevé ; un indexé peut bénéficier d'une baisse mais transmettre le choc. La décision doit être documentée par scénarios, pas par intuition sur la fin du conflit.

Exhibit

Le test immédiat

1. Renégociation 2026
Votre contrat d'énergie a-t-il été renégocié en 2026, ou simplement reconduit ?
2. Exposition fixe et indexée
Connaissez-vous précisément votre exposition fixe et indexée ?
3. Mise en concurrence
Avez-vous comparé plusieurs offres sur votre courbe de charge réelle ?
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Mohamed A. Madani
À propos de l'auteur
Mohamed A. Madani

Mohamed A. Madani est le fondateur de Madani Advisory, cabinet boutique de conseil achats dirigé par le fondateur, au service des dirigeants C-level entre le GCC et l'Europe. Son parcours couvre l'activité Onshore Wind de General Electric, la pharma, et des missions de conseil senior dans le Golfe. 485 M$+ de valeur achats et fournisseurs livrés sur l'ensemble de sa carrière.

Questions fréquentes
Quelle part du LNG qatari a été mise hors service ?

QatarEnergy a indiqué que 17 % de sa capacité d'exportation, soit 12,8 millions de tonnes par an, serait indisponible pendant trois à cinq ans.

Le chiffre de 35 % concernait-il la quantité mondiale de gaz perdue ?

Non. Les dommages directs représentaient 17 % de la capacité d'exportation du Qatar. Le marché a aussi connu des mouvements de prix très importants ; il faut éviter de transformer un pourcentage de prix en pourcentage de volume.

Comment traduire le risque dans un contrat d'entreprise ?

En quantifiant la part fixe et indexée, l'échéance, le volume, les tolérances et chaque écart en €/MWh. Sur 3 GWh, 12 €/MWh représentent 36 000 € par an.