
EHPAD indépendants en 2026 : les chiffres qui imposent un audit des achats
Ce n'est pas un écart, c'est un ciseau.
- L'arrêté du 24 décembre 2025 fixe à 0,86% l'évolution maximale du prix de certaines prestations d'hébergement en 2026 — pour les résidents relevant de son champ d'application.
- Les charges de fonctionnement (groupe I) représentent 16,8% du total des charges en 2023 dans le champ étudié par la CNSA (EHPAD publics et privés non lucratifs).
- Sur l'indirect — énergie, blanchisserie, restauration, maintenance, télécoms — le potentiel ne peut être déterminé qu'après consolidation des dépenses et comparaison à périmètre égal.
- Une centrale d'achat peut couvrir certaines catégories indirectes. Il reste à vérifier quels contrats locaux restent hors accord et à quelle date ils ont été réellement comparés.
0,86 %. C'est l'évolution maximale fixée pour 2026 sur les prestations d'hébergement entrant dans le champ de l'arrêté du 24 décembre 2025. Ce n'est pas un plafond universel sur toutes les recettes de tous les EHPAD. C'est néanmoins une contrainte très concrète pour les établissements et résidents concernés. Source : Légifrance
En face, les dernières données budgétaires consolidées de la CNSA montrent qu'en 2023 les charges des EHPAD publics et privés non lucratifs ont augmenté de 6,3 %, tandis que leurs recettes progressaient de 4,9 %. L'écart de 1,4 point n'est pas une prévision 2026, mais il montre comment une hausse de coûts plus rapide que les ressources dégrade l'équilibre.
Les chiffres qui expliquent la pression
Dans le champ public et privé non lucratif étudié par la CNSA :
- les charges de personnel représentaient 68,4 % du total ;
- les charges de fonctionnement représentaient 16,8 % ;
- les charges de fonctionnement ont bondi de 13,7 % en 2023 ;
- les charges de personnel extérieur, intérim compris, avaient doublé entre 2017 et 2023, pour atteindre presque 1 Md€ par an ;
- 68,3 % des établissements étaient en déficit en 2023.
La hausse totale de 6,3 % provenait à hauteur de 3,5 points du personnel, 2,2 points du fonctionnement et 0,7 point de la structure. Source : CNSA, Situation budgétaire des EHPAD 2023
Ces chiffres ne doivent pas être transposés sans précaution aux EHPAD privés lucratifs. La même étude publie toutefois de premiers résultats spécifiques pour 2023 :
| EHPAD privés lucratifs | Part / indicateur |
|---|---|
| Charges de fonctionnement | 11,7 % |
| Charges de personnel | 56,9 % |
| Charges de structure | 31,4 % |
| Taux d'occupation | 89,3 % |
| Capacité d'autofinancement négative | 32,1 % des établissements |
Le sujet achat est donc réel, mais son poids exact dépend du modèle de l'établissement.

Traduire 0,86 % en euros pour un établissement de 80 lits
La CNSA indique qu'en 2024 le prix moyen journalier était de 66 € pour une chambre habilitée à l'aide sociale à l'hébergement et de 98,25 € pour une chambre non-ASH. Les prix avaient progressé de 4,0 % en moyenne cette année-là. Source : CNSA, prix des EHPAD 2024
Prenons un exemple illustratif, sans prétendre reproduire le mix réel d'un établissement :
- 80 lits ;
- 90 % d'occupation ;
- 98,25 € par jour ;
- 365 jours.
La base annuelle d'hébergement serait d'environ 2,58 M€. Une hausse de 0,86 % sur cette base représenterait environ 22 200 € de recettes annuelles supplémentaires.
Ce calcul est une sensibilité, pas une règle tarifaire applicable à tout le chiffre d'affaires. Il montre l'ordre de grandeur : une seule dérive non contrôlée sur l'énergie, la restauration, la blanchisserie ou la maintenance peut absorber une part importante de la hausse autorisée.
Où agir sans toucher au soin
La ligne rouge est simple : aucune recommandation ne doit diminuer le taux d'encadrement, la sécurité, la qualité alimentaire ou la continuité des soins.
L'analyse porte sur les conditions commerciales et le périmètre :
- énergie : profil, puissance, échéance, fourniture et clauses ;
- restauration : prix par référence, grammage, rendement, déchets et fréquence ;
- blanchisserie : kilogrammes, rotations, pertes et pièces hors forfait ;
- maintenance : actifs couverts, exclusions, pièces, délais et astreintes ;
- télécoms et IT : lignes, licences, équipements et support réellement utilisés ;
- hygiène : spécifications, dilution, conditionnement et consolidation des volumes.
Une centrale d'achat ne dispense pas d'un contrôle local
Resah, UniHA et d'autres groupements couvrent aussi des catégories indirectes. Le bon raisonnement n'est donc pas « la centrale ne traite pas ce sujet », mais :
- le site a-t-il réellement adhéré au marché concerné ?
- tous les volumes passent-ils par l'accord ?
- les options locales sont-elles optimales ?
- quels contrats restent hors marché ?
- la facture respecte-t-elle les conditions négociées ?
Un bon accord non activé localement ne produit aucune économie. Un contrat local peut aussi rester nécessaire pour un besoin spécifique.
La décision avant la prochaine clôture
Consolidez douze mois de dépenses, classez chaque fournisseur par catégorie et rattachez chaque facture à une échéance contractuelle. Le montant retenu comme économie doit ensuite être vérifié sur une base comparable — mêmes volumes, même qualité et même continuité.
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Le ciseau tarifaire 2026
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Mohamed A. Madani est le fondateur de Madani Advisory, cabinet boutique de conseil achats dirigé par le fondateur, au service des dirigeants C-level entre le GCC et l'Europe. Son parcours couvre l'activité Onshore Wind de General Electric, la pharma, et des missions de conseil senior dans le Golfe. 485 M$+ de valeur achats et fournisseurs livrés sur l'ensemble de sa carrière.
À quoi s'applique le plafond de 0,86% en 2026 ?
À l'évolution du prix de certaines prestations d'hébergement entrant dans le champ de l'arrêté du 24 décembre 2025. Il ne constitue pas un plafond universel de toutes les recettes de tous les EHPAD.
Quel poids représentent les charges de fonctionnement ?
En 2023, elles représentaient 16,8 % des charges dans les EHPAD publics et privés non lucratifs étudiés, contre 11,7 % dans les premiers résultats publiés pour les EHPAD privés lucratifs.
Que montre l'exemple des 80 lits ?
À 90 % d'occupation et 98,25 € par jour, la base annuelle d'hébergement est d'environ 2,58 M€. Une hausse de 0,86 % représenterait environ 22 200 €, sous réserve du champ tarifaire réellement applicable.